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Coliseos del presente y gladiadores del futuro


Amérique Latine : Un Tribunal, qui met les pieds dans l’eau

par Charlotte Benoit

Le cinquième Forum Mondial de l’Eau organisé en mars dernier à Istanbul a réuni un grand nombre d’acteurs : gouvernements, collectivités, ONG ou encore entreprises y ont activement participé pour débattre sur l’enjeu actuel et futur de l’«or bleu ». Parmi les organisations présentes, le Tribunal Latino-américain de l’Eau était présent pour évoquer des cas de dégradation et d’accès limité à l’eau dans cette région de la planète.
Le Tribunal Latinoamericano del Agua (TLA) est né en 1998 au Costa Rica à l’initiative de Javier Bogantes, philosophe et sociologue de ce petit pays d’Amérique centrale. Instance internationale, autonome et indépendante, de justice environnementale, elle a pour objectif de résoudre les conflits provoqués par les systèmes hydriques en Amérique latine. Ce sont avant tout des fondements éthiques qui ont poussé à sa création pour tenter de remédier à la « crisis de legalidad »1, selon les termes de son fondateur. Le TLA a vu le jour notamment à la suite d’expériences innovatrices qui ont émergé au cours des décennies précédentes (1980-1990) au Pays Bas et au Brésil en donnant jour aux premiers « tribunaux éthiques » de l’eau. C’est aussi en s’imprégnant du legs des traditions ancestrales indigènes que l’idée a émergé.

La dénomination de « Tribunal » pourrait laisser sous-entendre qu’il a été créé par un traité entre États donnant force contraignante à ses décisions. Or ce n’est pas le cas. Sa singularité réside dans le rôle qu’il remplit : il sensibilise et donne une visibilité aux problèmes hydriques qui affectent directement les populations locales en Amérique latine. Son fonctionnement est relativement simple : « les sentences édictées par le Tribunal sont éclairées au regard du droit international et du droit national en vigueur dans les États concernés. Une expertise scientifique valide également les dénonciations avancées par les organisations sociales qui portent les affaires devant le tribunal » explique Rodrigo Siquiera, avocat rattaché au tribunal.
Le TLA organise des audiences tous les deux ans en moyenne où sont exposés des cas précis de dégradation de l’eau due à l’activité humaine, impactant sur les conditions de vie des populations. Pleins feux sur les luttes Plusieurs problèmes sont au cœur des mobilisations locales. Le plus frappant est sans doute celui des mines à ciel ouvert, « las minerias ». Elles sont présentes dans la plupart des pays andins et appartiennent souvent à des compagnies étrangères nord-américaines ou européennes. L’exploitation des ressources naturelles par ces entreprises interpelle et mobilise les populations locales car elles y voient l’appropriation de leurs ressources naturelles – notamment l’or – aux dépens de leur bien être et du respect de l’environnement.

En effet, l’activité minière produit des effets néfastes pour l’être humain. L’exploitation de la mine induit des changements de qualité et de quantité d’eau qui créent des risques sanitaires sérieux pour les populations humaines. Dans le cas de l’or, l’utilisation de cyanure et de mercure affecte également les eaux souterraines et les nappes phréatiques. Les microparticules dégagées dans l’air sont quant à elles responsables de problèmes respiratoires avérés pour les habitants résidant près de la mine. C’est ce qui s’est produit à Tambogrande2 par exemple, un village péruvien victime de l’installation d’une mine d’or canadienne. Dernièrement, ce sont les conséquences désastreuses de l’exploitation minière dans la province de Cajamarca au nord du Pérou qui ont été portées devant le TLA.

L’autre enjeu déterminant est celui des constructions hydroélectriques, autorisées par les gouvernements nationaux pour permettre une plus grande autonomie énergétique des États. Moins contestables que l’appropriation des ressources par des entreprises étrangères car elles répondent à un besoin collectif de l’ensemble des habitants d’un pays, ces actions peuvent néanmoins engendrer des conséquences désastreuses pour les populations résidant près des nouveaux barrages, rarement consultées dans la prise de décision. Le cas de La Parota dans l’Etat de Guerrero au Mexique3 ou encore celui du Rio Madeira au Brésil sont significatifs. La création de barrages sur le Rio Madeira (le plus long affluent de l’Amazone) a inondé de grandes surfaces habitables et obligé les populations amérindiennes de cette zone reculée de l’Amazonie à se déplacer. Au delà de l’impact émotionnel, le patrimoine historique, culturel et archéologique étant engloutis, les conséquences sont néfastes pour l’ensemble des secteurs de subsistance: la modification du cycle hydraulique affecte la pêche et les terres cultivables sont dorénavant sous les eaux. Suite RAICES



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