Raices : revue d'actualité, culture et langue espagnoles

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Allons enfants gâtés de la patrie…


UNE GÉNÉRATION PERDUE

par Joseph Gordillo

On n’en a pas fini avec cette crise ! Je vous parle de la crise existentielle que traverse une génération entière d’Espagnols. Ils ont entre 25 et 30 ans, ils se sont appelés eux-mêmes : la génération perdue. Génération perdue en ce sens qu’elle a hérité de valeurs qui ne sont plus d’usage dans notre monde. Equité, liberté, travail, avenir… Des promesses que ces jeunes n’ont pas vu venir. À peine parvenus à l’âge adulte, cette jeunesse a pris une gifle en pleine gueule. La crise a tué l’espoir. Alors ils s’en vont.
Yolanda a trente ans, je la connais depuis quelques mois seulement. Cette belle Espagnole, aux traits andalous, s’apprête à prendre un avion pour Londres. Une licence de psychologie en poche, elle quitte Madrid pour faire la plonge et servir quelquefois en  salle dans un restaurant de la capitale britannique.  
Fernando et Garra, ce petit couple sympathique sont mes voisins de palier, dans le quartier Chamberi de Madrid. Un matin ils sont partis avec quelques affaires, un déménagement discret et sans bruit. Lui était graphiste dans une grande entreprise de la capitale espagnole, il a été viré. La crise, vous comprenez… Ils habitent aujourd’hui dans le quartier El Born, à Barcelone. Tous deux sont encore au chômage. Mais, désemparés, ils ont sans doute pensé qu’ailleurs ce devrait être mieux.
Je peux dérouler une liste longue comme ça : des universitaires qui finissent hôtesse de l’air chez Ryanair, j’en connais beaucoup à Madrid. Sans vouloir dévaloriser le métier de celles qui voulaient voir le bas d’en haut, la gueule de bois est tout de même amère pour ces trentenaires surdiplômés.

Ils rêvaient d’un autre monde Après les années botellon, s’annonçaient de rayonnantes années boulot, métro, apéro (on est quand même en Espagne). Ils avaient tout ça à portée de main. Et bien non, la crise… Mais j’ai espoir que cette génération perdue va créer et susciter de nouvelles valeurs dans notre société, inventer un nouveau langage artistique capable d’exprimer ce qu’ils vivent. Sachons les écouter, ne suis- je pas, moi-même, issu d’une génération perdue ? C’était en 1979, rappelez-vous, le deuxième choc pétrolier. Sachons écouter notre jeunesse mais sachons leur dire qu’avant ce n’était pas forcément plus facile.



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