» Le statut
catalan, débat sur l’Espagne plurielle
Par Daniel Matias
Les derniers mois ont été
marqués par des débats passionnés sur
le statut de l’autonomie catalane.
La réforme du texte de base de la Catalogne, l’Estatut,
en passe d’être approuvé par le Parlement
espagnol, a provoqué beaucoup de bruit chez nos voisins.
Le gouvernement a pour sa part décidé de clarifier
les relations entre l'Etat et les régions. Une étape
cruciale pour une Espagne qui se veut plurielle.
Imaginons la Bretagne, le Pays Basque ou
l'Alsace avec des pouvoirs plus conséquents que les
autres régions et leur propre constitution ratifiée
par l'Assemblée nationale. Ce scénario, impensable
dans un pays centralisé et jacobin comme le nôtre,
est une réalité chez nos voisins espagnols.
Les différences historiques, géographiques,
linguistiques, ont en effet conduit l'Etat à accepter
l'existence de Comunidades Autónomas (régions)
ayant certaines prérogatives (en matière de
culture, de politique fiscale ou encore de droit civil)
que d'autres n'ont pas. Ces différences en termes
de compétence et de financement s'ajoutent à
un socle commun qui est identique pour toutes les comunidades
afin de garantir un niveau général d’«
autogobierno » (autonomie politique) similaire.
José Saramago, Prix Nobel de littérature portugais,
voyait la péninsule ibérique se détacher
de l'Europe dans son roman Le radeau de pierre. Aujourd'hui,
d'aucuns craignent que cette séparation ne devienne
réalité au sein même de l'Espagne. Avec
un Pays Basque ou une Catalogne dénouant les liens
qui les unissent au reste du pays afin de voler de leurs
propres ailes. Et devenir par la même une nation à
part entière.
« Nation » : le terme qui fâche est lâché.
Il est actuellement au coeur des débats inhérents
aux réformes sur le statut des comunidades qui jalonnent
la jeune démocratie espagnole. Le rétablissement
d'un pouvoir régional au Pays Basque, en Catalogne
et en Galice fut l'une des clés du succès
de la « transition », période qui suivit
la mort, en 1975, de Franco. Ces trois régions avaient
en effet connu l'autonomie avant la défaite de la
République en 1939.