» Volver
Par María Revilla
Ce premier édito
est dédié au lecteur inconnu, celui que l’on
désire et que l’on redoute, tout à la
fois, parce qu’il est celui qui porte en lui l’avenir
de cette nouvelle revue. Ce n’est pas par hasard qu’elle
naît en avril, ce n’est pas par hasard si elle
s’appelle « Raíces » c’est
à dire « Racines ».
Parce qu’elle prétend, comme le printemps,
embellir votre vie et lui apporter les effluves des terres
ibériques et latinoaméricaines. Certes l’idée
a mis du temps à germer. Pensez depuis le temps que
les Espagnols foulent les terres du Midi de la France et
que les Français leur rendent la politesse, avec
intérêt, les uns et les autres ont rêvé
d’avoir à portée de main, à portée
de cœur, une gazette qui les unisse dans la passion
réciproque qu’ils portent à cette terre
qui reste, quoiqu’on en pense, et quoiqu’en
dise, une « terra incognita ».
La preuve c’est que ceux qui lui consacrent le plus
clair de leur énergie, de leur talent, les écrivains,
les historiens, les chercheurs, n’en finissent pas
de trouver en elle, dans son passé, comme dans son
présent, des raisons de s’émerveiller,
de s’étonner, de se libérer du poids
des convenances. Comme le dit le romancier aragonais Javier
Tomeo, quelques pages plus loin, « les gens sans problèmes
n’ont pas besoin qu’on s’occupe d’eux
». Or l’Espagne d’hier, comme celle d’aujourd’hui
a besoin qu’on s’occupe d’elle.
Les historiens dans nos colonnes sont les bienvenus : Mme
Geneviève Dreyfus-Armand comme Bartolomé Bennassar,
inaugurent le chapitre des rétrospectives qui s’imposent
à cette croisée des chemins où l’arrivée
du roi d’Espagne en France, à Paris, puis à
Toulouse pour la première fois, marque la révérence
de l’Espagne contemporaine à sa diaspora.
C’est toute l’Espagne que nous aimons à
« Raíces », du Nord au Sud, d’Est
en Ouest, celle du flamenco et celle de la sardane, l’Espagne
irrévérencieuse et si tourmentée d’Almodóvar
qui a donné à son dernier film un titre de
tango « Volver »… Revenir, oui revenir
sur les terres de l’imaginaire et celles de l’enfance
qui sont pour lui celles de la Mancha, des terres ventées
voisines de celles qui furent, il y a quatre siècles
celles des pérégrinations du Quichotte et
de Sancho Panza.
À « Raíces » les mythologies ont
table ouverte, mais aussi les reportages sur le terrain
d’une société qui depuis vingt ans s‘ancre
de plus en plus fortement à l’Europe, au point
parfois de jouer les avant-garde. À travers son cinéma,
sa peinture, sa littérature et même sa royauté,
l’Espagne s’exporte sans s’expatrier.
Elle nous donne chemin faisant une autre vision du monde
à travers une langue qui deviendra la vôtre
pour peu que vous acceptiez de nous suivre dans l’aventure
de la découverte.