» Javier Tomeo,
un homme à histoires
Propos recueillis
par Anne Le Stang
RAíCES a rencontré
pour vous cet écrivain espagnol prolifique à
l’œuvre originale très appréciée
en France.
À l’invitation de l’Institut
Cervantes, Javier Tomeo a rencontré ses lecteurs
dernièrement à Toulouse. Ce grand écrivain
bâtit sans fin un univers singulier, absurde et surréaliste,
dominé par les thèmes de la solitude et de
l’incommunicabilité. Sa plume économe
fait mouche dans son dernier livre Doce cuentos de Andersen
contados por dos viejos verdes.
L’œuvre de Javier Tomeo a été traduite
en plusieurs langues et souvent adaptée au théâtre
(Amado monstruo, Historias minimas). Cet homme à
la carrure imposante, chaleureux et généreux,
a livré à RAíCES quelques réflexions
sur son travail littéraire.
Comment êtes-vous venu à
la littérature ?
Ça a été une vocation un peu tardive.
Écrire, c’est comme ouvrir une fenêtre
et voir un paysage. Quand tu te rends compte qu’il
t’est nécessaire de raconter ce paysage aux
personnes qui ne sont pas à tes côtés
à la fenêtre, tu es un écrivain. L’écrivain
est un peu le descendant des conteurs dans les sociétés
primitives, agraires, qui s’asseyaient auprès
de l’âtre et racontaient des histoires aux autres
membres de la famille qui n’avaient pas autant d’imagination.
Quelle est votre conception du travail
littéraire ?
Quand on évoque le paysage humain qu’on a devant
les yeux, on peut le faire de multiples façons. On
peut en respecter les couleurs, les perspectives, et le
transmettre avec beaucoup de fidélité au lecteur.
Un peu à la façon d’un notaire qui enregistre
des actes. Cela donne une littérature de type réaliste,
ou même objectiviste, qui se passe même d’adjectifs
pour être impartiale. Ou bien on peut donner sa propre
vision du paysage et arriver à une littérature
plus personnelle, surréaliste, plus en rupture, comme
la mienne. Je déforme un peu la réalité,
je l’hypertrophie, mais sans la fausser.