» La mémoire
rafraîchie
Par Daniel Matias
Le 31 octobre dernier, les
députés espagnols ont approuvé la Ley
de Memoria Histórica qui condamne officiellement, et
pour la première fois, le régime du général
Franco. Le texte prévoit également, entre autres
choses, le retrait de tous ses symboles et le financement
de l’exhumation des fosses communes par les collectivités
locales. Le processus de mémoire prend du temps. Mais
il est vital pour une démocratie. La société
espagnole a rompu le silence depuis quelques années,
les gouvernements successifs ne pouvaient que suivre. Un seul
regret, et de taille, la loi n’annule pas les jugements
prononcés par les tribunaux d’exception franquistes
– responsables de l’exécution de 50 000
républicains après la guerre civile et de l’incarcération
de milliers d’autres –, elle les considère
“illégitimes ”. Une déclaration
ambiguë qui pourrait continuer à fermer la porte
à des procès en révision. Une injustice
qui s’ajoute à celle vécue par les anciens
combattants du Rif, enrôlés de force par Franco.
Oubliés de l’Histoire et inexplicablement absents
lors du débat sur la Ley de Memoria, ils sont aujourd’hui
réhabilités par le magnifique travail de Driss
Deiback : Los Perdedores. Le réalisateur berbère
espagnol, dont le film a obtenu le prix RAICES
du meilleur documentaire à Cinespaña 2007, s’est
confié à notre revue et a évoqué
notamment les problèmes de l’Espagne avec son
Histoire. L’article de l’historien Jean-François
Berdah sur la guerre du Rif et les relations hispano-marocaines
apportera en la matière un éclairage bienvenu.
La question de la mémoire est très présente
dans ce numéro. Vous découvrirez comment un
club de football a été privé d’un
titre pendant soixante-dix ans. Vous serez sans doute séduits
également par Yasmin Levy, la voix du ladino, la langue
des juifs expulsés en 1492 de la péninsule et
dispersés dans le pourtour méditerranéen.
Pour le reste, RAICES
s’est attachée à montrer qu’elle
n’a pas la mémoire courte en évoquant
les liens historiques du pouvoir colombien avec les paramilitaires
dont les médias français font peu état,
contrairement au phénomène Chávez. Le
bouillonnant président vénézuélien
a eu le malheur, il est vrai, de rappeler qu’Aznar et
Juan Carlos avaient soutenu, en grands démocrates qu’ils
sont, le coup d’Etat de 2002 à son encontre.
Nous l’avons rencontré brièvement lors
de sa visite à Paris. Pour ceux qui voudraient goûter
à la mémoire de façon plus consensuelle
et retrouver l’essence ibère, reste Séville
: l’objet de notre voyage. Vous n’oublierez pas
ce numéro de sitôt !