» La guerre
du Rif : un conflit caché qui a fait l'histoire
Par Jean-François Berdah
La guerre du Rif
menée par les hommes d’Abd el-Krim contre les
Espagnols a constitué un des symboles de la lutte contre
le colonialisme. Un conflit annonciateur de la fin d’une
certaine Espagne.
L’Histoire est toujours
racontée par les vainqueurs. Il arrive même que
ceux-ci oublient dans le récit de leur épopée
le rôle décisif joué par des hommes considérés
en leur temps comme de la chair à canon. L’Espagne
en est un cruel exemple. Trente ans après la transition
démocratique, le travail de mémoire sur la guerre
civile et la dictature franquiste est enfin accompli par l’intermédiaire
de la loi sur la mémoire votée par le Parlement
espagnol. Pourtant, un sentiment d’injustice perdure.
Une cicatrice n’a jamais été refermée.
Les dizaines de milliers1 de Rifains (originaires du Rif,
une région berbère du nord du Maroc sous domination
espagnole ente 1912 et 1956), envoyés se battre sur
la péninsule par Franco, et ce dès le début
du conflit, ont été oubliés. L’amnésie
continue donc à frapper l’Espagne.
Il y a plus de soixante-quinze ans, en 1921, s’est produit
l’un des plus importants désastres militaires
du XXe siècle, celui de l’armée espagnole
dans le Rif face à plusieurs milliers de combattants
marocains. En l’espace de quelques semaines, c’est
toute une armée moderne qui s’effondre, laissant
derrière elle des milliers de morts. Ce désastre
entraîne en Espagne une remise en cause immédiate
et complète de la politique marocaine, mais suscite
aussi de nombreuses interrogations dans tout le monde civilisé.
Comment expliquer une telle débâcle malgré
les moyens employés en hommes, en armement ? S’agit-il,
pour reprendre les mots de Germain Ayache, d’une guerre
qui « par sa durée, par son ampleur et son acharnement,
comme par l’immense écho qu’elle éveilla
(…) a bien marqué le coup d’envoi de la
liquidation des dernières colonies » ? Bref,
comment cela a-t-il été possible ?