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» Insécurité nucléaire
par Daniel Matias
Si en France le nucléaire a pour VRP de luxe un président qui exporte à tout va, en Espagne il n’est plus en odeur de sainteté. À la suite de sa réélection, le Premier ministre José Luis Zapatero a confirmé la fin de l’exploitation nucléaire – soit huit centrales – déjà entamée lors de son précédent mandat avec la fermeture en 2006 de la centrale de Zorita, près de Madrid. Une décision logique pour un pays qui a les atouts (soleil et vent) pour privilégier des énergies plus propres, moins onéreuses.

Mais aussi plus sûres comme en témoigne le grave incident qui vient de toucher, une nouvelle fois, le parc nucléaire espagnol. C’est Greenpeace Espagne qui a révélé en avril dernier la fuite de particules radioactives de la centrale d’Ascó (Tarragone) survenue… le 26 novembre 2007. Le Conseil de Sécurité Nucléaire (CSN), chargé de veiller à la bonne marche de l’exploitation des centrales, a fait preuve à cette occasion d’un silence complice et d’une inefficacité inquiétante. Les dirigeants de la centrale d’Ascó ont bien entendu été démis, comme ce fut le cas également en 2005 lors du précédent incident à la centrale de Vandellos. A l’époque, le CSN avait pointé parmi les causes de celui-ci « la primauté de la production d’énergie au détriment de la sécurité ». De belles paroles qui n’ont donc été suivies d’aucun effet. Ce qui est en jeu, en Espagne et ailleurs, c’est bien entendu la sécurité des installations et le contrôle de l’information. L’exploitation des centrales cédée à des multinationales de l’énergie (les deux poids lourds espagnols dans le cas qui nous occupe : Iberdrola et Endesa) a entraîné une baisse des coûts réalisée au détriment de la sécurité. Pourtant, ces entreprises trouvent l’argent nécessaire pour communiquer à coups de pub sur les bienfaits du nucléaire. La communication d’informations essentielles aux pouvoirs publics se fait, elle, à discrétion. Une rétention d’information et des erreurs graves de gestion des centrales qui n’ont pour conséquence que des sanctions symboliques (lire l’article de Diagonal). Les Espagnols – majoritairement opposés au nucléaire – peuvent s’inquiéter de l’incapacité de leurs dirigeants à remettre de l’ordre dans un domaine qui, potentiellement, peut avoir beaucoup plus de conséquences désastreuses que l’action d’ETA. D’autant que les organismes chargés d’estimer s’il y a eu des impacts radioactifs sur la population à la suite de la fuite d’Ascó sont les mêmes qui ont été incapables de déceler les fuites de ces dernières années. Il faudra attendre 2028 pour que l’Espagne connaisse le zéro nucléaire. D’ici là, le pari de développer les énergies renouvelables, à l’image des éoliennes (18 % de la production électrique) ou du solaire permettra-t-il de résoudre le dilemme d’un pays fortement dépendant – 85 % de l’énergie est importée – et se privant du nucléaire ? Le jeu en vaut peut-être la chandelle.

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