Raices : revue d'actualité, culture et langue espagnoles

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Daniel Matias

La guerre d’Espagne et la France
(2nde partie)
1939-1945 : De l’effondrement militaire à l’internement

par Jean-François Berdah

Les incertitudes consécutives au déclenchement d’un conflit mondial, l’ambition de l’Espagne de redevenir une puissance coloniale, ses moyens limités, les apparentes affinités entre le régime franquiste et la France de Vichy, l’épineuse question des « rouges espagnols », les espoirs d’une libération qui ne s’arrête pas aux Pyrénées... La Guerre d’Espagne résonnera longtemps après 1939, avant que ne tombe le rideau du status quo diplomatique, qui laissera subsister la dictature de Franco pendant trente longues années.

 

Bien que la guerre d’Espagne se termine officiellement le 31 mars 1939 avec l’occupation d’Almería, Murcia et Carthagène, les conséquences du conflit aux plans intérieur et extérieur au fil des années contribuent à en prolonger la durée, au moins jusqu’en 1945. De fait, la victoire de Franco ne s’accompagne nullement d’un apaisement généralisé prenant la forme d’une amnistie et du rétablissement des institutions monarchiques, comme beaucoup le souhaitaient, mais par l’instauration d’une dictature dont le premier but est d’éradiquer toute forme d’opposition et d’effacer toute trace de la République espagnole. Par ailleurs, la certitude d’être dans le bon camp, celui de l’Europe nouvelle guidée par l’Allemagne hitlérienne et l’Italie mussolinienne, de la rédemption spirituelle face au matérialisme décadent des démocraties occidentales, incite l’Espagne de Franco à revendiquer un rôle dans l’Histoire et à affirmer sa force supposée face notamment à la France dont le rôle pendant la guerre civile est vivement critiqué.
On a parfaitement conscience de cela à Paris où l’on essaie par tous les moyens d’apaiser les autorités franquistes. La reconnaissance de jure du 27 février 1939 n’est-elle pas un signe de bonne volonté du gouvernement Daladier, le signe que l’on souhaitait normaliser les relations avec l’Espagne nouvelle ? Le fait est que la reconnaissance officielle était le résultat direct des discussions qui avaient eu lieu quelques jours plus tôt à Burgos, du 23 au 25 février, entre Léon Bérard et le comte de Jordana, au terme desquelles trois déclarations communes avaient été adoptées. Outre la « volonté de maintenir des relations amicales, de vivre en bon voisinage et de pratiquer au Maroc une politique de collaboration loyale et franche », il était surtout question de restituer à l’Espagne les biens transférés en France par les autorités républicaines, entre autres choses l’or déposé à la Banque de France de Mont-de-Marsan, les armes et le matériel de guerre appartenant à l’armée républicaine ou qui lui étaient destinés, les trésors artistiques espagnols et tous les dépôts de valeurs, de devises, etc. appartenant à l’État espagnol. Il n’était pas fait mention, en revanche, des centaines de milliers de réfugiés républicains en France dont Paris souhaitait se débarrasser. Il s’agissait là d’un problème très préoccupant car cet afflux massif de population imposait aux autorités françaises de multiplier les lieux d’internement après ceux de Saint-Cyprien et d’Argelès-sur-Mer, ce qui représentait un coût d’entretien élevé que l’économie nationale toujours convalescente n’était pas en mesure d’assumer. La seule décision adoptée en commun à Burgos concernant les réfugiés visait à « éviter toute activité dirigée contre la tranquillité ou la sécurité de l’autre pays », étant bien entendu que la menace la plus grande venait de France et que « les mesures nécessaires [devaient être prises] pour interdire toute action des Espagnols à proximité de la frontière contre le régime de Burgos. »


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