Raices : revue d'actualité, culture et langue espagnoles

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Daniel Matias

Sin pelos en la lengua*

Daniel Matias
Rédacteur en chef de RAÍCES

Au cœur de l’État de Tabasco au Mexique, vivaient deux hommes âgés qui étaient les seuls à parler encore le zoque, une des nombreuses langues précolombiennes qui ont peu à peu reculé face au castillan imposé par le sabre et le goupillon de la Conquista. Malheureusement ces deux hommes, fâchés pour on ne sait quelle raison, décidèrent en 2007 de ne plus s’adresser la parole. La fin d’une culture. Le Mexique, pays toujours aussi fascinant, est victime – comme d’autres – des zones d’ombres que cache l’entrée dans la modernité. Le modèle du voisin du nord, censé sortir Mexico du sous-développement, a apporté son lot d’injustices et de destruction d’une culture singulière. Mais, à la différence du zoque, l’espagnol résiste. Il fait plus que résister d’ailleurs : il prend racine au cœur des banlieues de nombreuses villes étasuniennes si l’on en croit les écrivains mexicains que nous avons rencontrés au Salon du Livre à Paris. Les Fuentes, Villoro, Volpi, Paco Ignacio Taibo II et leurs congénères ont en tout cas pu constater à cette occasion que la littérature mexicaine a très bonne presse et qu’elle séduit un large public par son franc-parler, son réalisme en ces temps incertains où violence et crise économique forment un couple infernal sur la terre incandescente mexicaine. À l’époque, la grippe A n’avait pas encore frappé le pays. L’espagnol d’Espagne, lui, est quelque peu grippé. En témoigne l’incroyable bronca subie par l’hymne national lors de la finale de la Coupe du Roi entre les Catalans de Barcelone et les Basques de l’Athletic Bilbao. En d’autres temps, on y aurait vu une résistance au franquisme ; aujourd’hui, c’est plutôt une remise en cause du vivre-ensemble alors que les nuages noirs de la crise s’amoncellent dangereusement dans le ciel espagnol. Comment s’en prémunir ? Sans doute en ayant à l’esprit les terribles conséquences de la crise de 1929 en Espagne ou ailleurs. Et en n’oubliant pas les visages de l’exil immortalisés par Enrique Tapia Jiménez. À retrouver dans ce numéro double exceptionnel de RAÍCES.
* Sans langue de bois


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