» Les Espagnols
en France au XXe siècle :
la forte empreinte des
républicains
Par Geneviève Dreyfus-Armand
Depuis la prise du Pays basque par les nationalistes pendant l’été 1936 et jusqu’à la Retirada de 1939, consécutive à la chute de Barcelone, les Espagnols constituent la nationalité étrangère prépondérante dans l’Ouest, le Centre de la France et la région parisienne. Les républicains constituent aussi le plus important contingent de réfugiés politiques. Jamais l’Espagne n’avait connu une vague d’émigration aussi considérable et jamais la France n’avait reçu un afflux de réfugiés aussi massif et soudain.
L’arrivée des réfugiés de la Guerre civile a
transformé profondément la structure de la population espagnole
en France. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale, les
républicains espagnols représentent autour de 40 % de l'ensemble
de la colonie espagnole, estimée alors à un peu plus de 260
000 personnes adultes. Selon le recensement effectué en 1945
auprès des étrangers de plus de quinze ans (et de ceux de moins
de quinze ans exerçant une profession), plus de 103 000 Espagnols
déclarent être arrivés entre 1936 et 1945. Grâce à la présence
des réfugiés républicains, les Espagnols constituent la nationalité étrangère
prépondérante dans de nombreux départements de l'Ouest ou du
Centre, qui n’avaient jamais été des zones traditionnelles
de l'immigration hispanique. Le grand Sud-Ouest voyait aussi
sa population espagnole s'accroître et l'aire d'implantation
y était plus vaste qu'auparavant : les républicains espagnols,
qui bénéficiaient enfin du statut de réfugiés politiques – depuis
mars 1945 –, venaient chercher dans cette région l’aide et
le soutien de réseaux de solidarité, familiaux, régionaux ou
idéologiques ; mais c’était aussi se rapprocher de l'Espagne
afin d'être prêts à y repartir et, pour les militants, prêts à y
intervenir. La région parisienne attirera aussi, les années
suivantes, nombre de républicains. Cette place des « politiques » au
sein de la colonie espagnole de France diminuera ensuite progressivement
du fait de l’arrivée massive d’une immigration espagnole de
type économique à partir du début des années
1960.
