» Hommage à Basilio Martín Patino et à Alex de la Iglesia
Par Manuel Rodríguez Blanco
Malgré une production d’environ cent films par an, le cinéma espagnol reste encore un art méconnu en Europe et dans le monde, à l’exception de certains de ses réalisateurs comme Pedro Almodóvar, Carlos Saura, Alejandro Amenábar ou Julio Medem. Comme à son habitude, Cinespaña invite à chacune de ses éditions des metteurs en scène, des acteurs, des techniciens qui ont marqué, qui marquent le cinéma espagnol.
Si l’on devait ériger un monument à ceux qui ont fait le cinéma espagnol, il faudrait placer Basilio dans les premières places. Déjà, à l’âge de vingt-cinq ans, en 1955, après avoir créé un ciné-club universitaire, il organise avec Juan Antonio Bardem ce qui sera l’un des actes fondamentaux du cinéma moderne péninsulaire, « las Conversaciones de Salamanca ». Le réalisateur de Muerte de un ciclista concluera ces journées en déclarant « …le cinéma espagnol actuel est : politiquement inefficace, socialement faux, intellectuellement infime, esthétiquement nul et industriellement rachitique… ».
Considérant que cette discipline en Espagne, contrairement aux cinémas européens ne prenait pas en compte la réalité sociale du pays, Basilio Martín Patino va dès ses premiers travaux, des court-métrages, mettre en cause ce quotidien aliénant et s’interroger sur le rôle idéologique de la caméra et du montage en composant des films à partir de titres et coupures de journaux, d’entretiens et de scènes d’actualité.
Il réalisera alors, en 1965, ce chef d’œuvre proue du Nouveau Cinéma Espagnol, Nueve cartas a Berta (Neuf lettres à Berta) : un jeune étudiant tombe amoureux de la fille d’un exilé lors de l’un de ses séjours à l’étranger. À l’aide de neuf lettres (neuf chapitres), il lui raconte son retour et la médiocrité de la vie retrouvée à Salamanca : l’université, la famille, la promise, un avenir fade dessiné à l’avance, …
Problématique qu’il reprendra mais cette fois par le jeu entretiens-matériaux
existants-montage avec Canciones para después de una guerra (Chansons pour une
après-guerre), Queridisimos verdugos (Mes très
chers bourreaux) et Caudillo...
