» Eduardo Mendoza : l’homme qui aime les paradoxes
Par Francesca Pascaù
L’auteur de « La ville des prodiges » revient sur le devant de la scène littéraire espagnole avec un nouveau roman « Mauricio o las elecciones primarias » (« Maurice ou les élections primaires »). Sur la toile de fond la Barcelone post-franquiste des années 80, l’éducation sentimentale et politique d’un dentiste désenchanté, lecteur fervent de Goethe et des « Affinités électives »… Le livre sera traduit en français à l’automne 2007, au Seuil.
On ne prendra pas Eduardo Mendoza en défaut d’imagination.
Les personnages picaresques qui peuplaient « La
ville des prodiges » étaient là pour
nous prouver la surabondance des dons, en ce domaine, d’un écrivain-éditorialiste
et dramaturge, dont l’humour décapant et le
goût du paradoxe sous-tendent toute la création. Mais
aujourd’hui ses lecteurs redécouvrent un nouveau
Mendoza à la faveur de « Mauricio o las
elecciones primarias » qui vient de paraître à Barcelone
en castillan chez Seix Barral et qui sera traduit à l’automne
2007 en français au Seuil.
En attendant, les hispanisants auront tout le loisir de
déguster dans
le texte une langue qui est à la fois savoureuse et implacable. Mendoza
n’atténue pas sa verve satirique, et exécute un portrait
sans concession, mais non sans nuances de l’Espagne post-franquiste des
années 80 qui apprend les règles du jeu démocratique : « La
libertad nos ha cogido en bragas », autrement dit « La
liberté nous a surpris en culottes courtes ».
Javier Cercas, l’auteur des « Soldats de Salamine » y
voit « un espèce de Balzac, affiné par Flaubert et ayant
subi une liposuccion appliqué par Pio Baroja ».
Mendoza lui-même ne récuse pas
la ressemblance : « Baroja écrit
sans a priori, son œuvre est un fleuve d’un débit
modeste, comme tous les fleuves espagnols, mais qui en définitive
fertilise tout ce qu’il touche ». Il y a
en effet de l’éducation sentimentale dans le
parcours de Mauricio, dentiste de son métier, de lointaine
origine juive, lecteur de Goethe et de ses « Affinités électives » épris
de deux femmes : Clotilde et la Porritos représentantes
chacune d’une époque de la féminité.
