Raices : revue d'actualité, culture et langue espagnoles

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Raíces: María Revilla

» Terrible
Par María Revilla

« C’est comment l’Espagne ? » demande un Italien d’une nouvelle de Sciascia à un autre Italien resté au pays : « Terribile !» « C’est terrible » lui répond-il. Sans plus. Il est vrai que ce personnage vient de traverser le feu de la guerre civile qui l’a brûlé. Et l’on verra avec Jean-François Berdah, que cette Espagne-là, républicaine, n’avait pas fait que la guerre imposée par le soulèvement franquiste. Elle avait essayé de faire la paix sur tous les fronts de la diplomatie. Terrible l’Espagne de 2006 jusque dans sa mode, où une femme Agatha Ruiz de la Prada a fait elle aussi une révolution, qui n’est pas tout à fait de velours. Sans que cette débauche de couleurs, ne fasse oublier « le couturier des couturiers » d’origine basque espagnole : Cristobal Balenciaga lui-même, que Paris honore à travers une exposition au musée des Arts décoratifs, rue de Rivoli. De génération en génération la mode espagnole ne cesse de se régénérer : aristocrate avec Manuel Pertegaz, populaire avec la marque Zara qui a pris son essor en Galice et dont le patron Amancio Ortega est l’homme le plus riche du pays. En terres hispaniques, le domaine de la mode ou des affaires n’est pas le seul où soufflent les vents du renouveau. Quoique les moulins de la Manche, chers au Quichotte, soient toujours debout, les éoliennes ont pris le relais. Elles ont le vent en poupe pour répondre en partie au problème d’une énergie propre que Daniel Matias nous invite à cerner, de même qu’il nous aide à dresser un inventaire du non moins terrible dossier de l’immigration massive sur les côtes des Canaries.
Au cœur de l’automne comment ne pas penser à l’hiver tout proche ? Une seule destination pour la saison froide : Majorque l’hiver, où George Sand et Chopin nous ont montré au siècle romantique le chemin jusqu’à la chartreuse de Valldemosa. Mais la plus grande île des Baléares c’est beaucoup plus encore. Il suffit de suivre notre guide pour vous en convaincre.
Terrible l’Espagne ? Oui, elle le fut pour ses princesses et reines, de la Renaissance aux Lumières, qui virent pour la plupart, leur belle jeunesse sacrifiée sur l’autel de la raison d’Etat, nous dit l’historien Bartolomé Bennassar dans son dernier ouvrage « Le Lit, le Pouvoir et la Mort ». Enfin terrible patrie dans la mesure où elle fut l’absente bien aimée de la diaspora dont Lucienne Domergue nous rappelle, qu’en son pauvre exil, elle a su transmettre l’esprit et la lettre d’une Espagne libertaire pour qui la langue et la culture étaient la clé de la liberté retrouvée .

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