» L’exil républicain espagnol à Toulouse et dans sa région aux prises avec la culture
Par Lucienne Domergue
Les Espagnols exilés de 1939, ont repris en France la tradition datant du siècle précédent. Tous pensaient que l’éducation du peuple serait la condition sine qua non de leur libération.
Parce qu’elle avait sucé avec le lait les valeurs républicaines et laïques, Marie était la mieux à même, la maturité venue, de faire œuvre militante en faveur de ces contemporains un peu oubliés qu’étaient les réfugiés de la Guerre civile espagnole ; pourtant ils étaient toujours présents à Toulouse à la mort de Franco, soit trente-six ans après la Retirada.
Dès 1976 le Département d’Espagnol de l’Université de Toulouse-le Mirail, peut-être dans un désir inavoué de rattrapage, songea à célébrer une disparition plus ou moins impatiemment attendue, au cours d’un grand colloque intitulé « L’Espagne face à la modernité ». C’est alors que la petite équipe qui, depuis plusieurs années déjà, travaillait sur la Revista Blanca (Première époque) et le premier anarchisme péninsulaire au sein du groupe de philosophie ibérique animé par Alain Guy, décida, en suivant une suggestion de Marie Laffranque, de mettre en vedette une Espagne de l’ombre, celle, trop discrète, de l’exil républicain : cela pourrait se faire à l’occasion d’une exposition1 improvisée avec les moyens du bord et qu’il conviendrait de limiter aux aspects culturels de cet exil.
À Toulouse, qui dit culture et exil doit penser aux expériences nombreuses qu’y ont tentées au fil des ans, voire des décennies, les anarchistes espagnols réfugiés dans la région, montrant dans ce domaine aussi une opiniâtreté que même les autres partis politiques se doivent de leur reconnaître.
Les réfugiés espagnols pris dans leur ensemble, quand, en 1939, ils se mirent à recourir à la culture comme si c’était leur dernière planche de salut, ne faisaient que reprendre une tradition datant du siècle précédent et qui avait connu, avec l’avènement de la Seconde République en 1931, et jusqu’au plus fort de la Guerre civile, un extraordinaire épanouissement : tous pensaient que l’éducation du peuple restait la condition sine qua non de sa libération.
On apprenait comme on pouvait
C’est cette foi qui permit à la plupart d’entre eux de surmonter le choc de la défaite et du repli en France, des camps du Midi et de l’occupation nazie. Dès 1939, dans le domaine culturel au moins, les réfugiés espagnols ne s’avouèrent pas vaincus : l’art fleurissait au Vernet comme à Bram ; on apprenait comme on pouvait. Ce faisant, on résistait.
Après la nuit de la Guerre mondiale, les anarchistes tiennent à Paris leur Congrès des Fédérations Locales (1er - 12 mai 1945) : on y prévoit le retour au pays, tout proche, imminent. Aussi, grande est la fébrilité avec laquelle on s’y prépare ; c’est avec un programme culturel nourri (publications périodiques, livres, cours et conférences) que, dès lors, on va devoir mettre les bouchées doubles.
