» « Le Lit, le Pouvoir et la Mort » :
grandeurs et servitudes du métier de Reine
Par María Revilla
L’historien Bartolomé Bennassar fait retour sur l‘Espagne des XVIe et XVIIe siècles et sur les royautés européennes où, princesses et reines étaient sacrifiées à la raison d’État. Le livre rend justice à leur héroïsme, à leurs souffrances et fait de ces femmes oubliées des êtres de chair et de sang qui ont pesé sur l’histoire de l’Europe.
Dans « Un siècle d’or » et dans « Le temps de l’Espagne » Bartolomé Bennassar consacrait déjà quelques pages bien senties au rôle des femmes, princesses et reines, au cœur de l’histoire mouvementée de la puissante et étincelante Espagne des XVIe et XVIIe siècles. Il élargit sa recherche à l’Europe, en détaillant le versant heureux et tragique du pouvoir féminin. Son livre aurait pu s’appeler « Grandeurs et servitudes du métier de reine, de la Renaissance aux Lumières ». Il a préféré un titre moins rebattu, un titre d’ethnologue en somme « Le Lit, le Pouvoir et la Mort ».
À moins que ce ne soit un titre de romancier, ce qu’il est effectivement par ailleurs et aussi en filigrane de son travail d’historien, comme en témoigne bien de ces chapitres, et sa conclusion, au terme de ces pages dramatiques et étincelantes, à l’image des temps qu’elles reflètent et qui revisitent l’histoire comme on a peu l’habitude de le faire. Il est vrai qu’aujourd’hui, sans qu’il y ait préméditation de sa part, mais l’air du temps est là, son livre arrive à point nommé, à un moment où les femmes politiques ont le vent en poupe.
L’historien nous prouve, tableaux et statistiques à l’appui, que si les femmes furent non des sujets, mais des objets dans les négociations matrimoniales qui aboutissaient à des rapprochements politiques, lorsque l’occasion leur était fournie, elles faisaient montre du même sang-froid et des mêmes capacités de gouvernement que les rois dont elles étaient, soit les mères, les sœurs, les épouses … ou les veuves.
La mort à 23 ans pour Elisabeth de Valois
Le terrain de l’investigation historique dépasse le cadre de l’Espagne. Mais il convient de rappeler que le rayonnement de l’Espagne, à partir de Charles Quint, dépasse le cadre strict des terres ibériques et s’étend au monde occidental. D’une certaine manière la stratégie des mariages croisés tels que Maximilien 1er d’Autriche, les a conçus au XVIe siècle, préfigure la géographie future de l’Europe centrale, bien au-delà des deux siècles et demi de la Renaissance aux Lumières.
Le titre du dernier ouvrage de Bartolomé Benassar « Le Lit, le Pouvoir et la
Mort » n’est pas on s’en doute, choisi au hasard. Il se justifie par un panorama
exceptionnellement dramatique dans un paysage monarchique où deux tiers des filles
des familles royales étaient mariées avant d’avoir accompli leur vingtième année.
