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» Sans armes, citoyens !
Par Daniel Matias

Le Costa Rica est une des rares nations latino-américaines ayant échappé aux pires horreurs du XXe siècle : massacres, dictatures, ou encore extrême pauvreté. Coup de projecteur sur un petit pays de 4 millions d'habitants au niveau de développement social record, « producteur » de paix et sans armée.

 

La paix avec ses voisins et la paix sociale. Telle est la direction prise par le Costa Rica en 1948, après une guerre civile ayant fait 2000 morts. Un choix courageux dans un contexte de tension permanente. Au plan international, la Guerre Froide oblige à choisir son camp. Sur le plan interne, les élites rurales font face aux revendications populaires de justice sociale. Les conséquences vont être désastreuses pour l'Amérique centrale : répression contre les démocrates dénonçant l'oligarchie au pouvoir suivie de guérillas entre la gauche révolutionnaire et les Forces armées secondées par les paramilitaires. Au coeur du maelström, un Costa Rica épargné par la guerre prend le parti de proposer la paix. C'est un succès. En 1987, les Accords d'Esquipulas permettent d'en finir avec les guerres civiles en cours au Guatemala (200 000 morts) ainsi qu'au Salvador (80 000), et de normaliser la situation politique au Nicaragua. Oscar Arias, le président costaricain, reçoit la même année le Prix Nobel de la Paix et contribue par ailleurs à faire de l'Amérique latine une région sans armes nucléaires.
Comment ce pays a-t-il pu devenir un acteur majeur de la région et réussir son développement au point d'être qualifié de « Suisse de l'Amérique latine » sans connaître le tragique destin de ses voisins ? Car le Costa Rica a atteint certains standards de développement humain propres aux pays riches : une espérance de vie de 77 ans par exemple, ou une mortalité infantile à 13 pour mille. La réussite du modèle costaricain s'articule autour de trois piliers : un État fort, l'absence d'une armée ainsi qu'un système démocratique efficace. En premier lieu donc, un État moteur du progrès social qui destine une part importante de ses ressources à l'amélioration des conditions de vie. Ainsi, entre 1950 et 1980 les dépenses allouées aux programmes sociaux triplent (de 8 % à 24 % du PIB). Les allocations familiales et un système de cotisations sociales font leur apparition dans les années 70. Le Costa Rica fait du développement social un préalable à la croissance économique.


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