» L’Espagne championne d’Europe de l’immigration
Par Daniel Matias
L’Espagne vient de connaître un choc démographique sans précédent avec l’arrivée massive d’immigrés ces dernières années. Ils sont aujourd’hui 3,7 millions à contribuer à l’essor économique du pays.
Les images dramatiques défilent tel un diaporama sinistre : survivants des boat-people (pateras ou cayucos) aux visages faméliques, cadavres échoués sur les plages courues du sud de la péninsule, ou encore Africains mutilés et défigurés par le désespoir qui les poussent à franchir les clôtures de barbelés de la forteresse Europe. La situation géographique de l'Espagne la rend particulièrement attractive pour des millions d'Africains, qu'ils viennent du Maghreb ou bien d'Afrique subsaharienne.
À certains endroits, quinze kilomètres séparent les deux continents. Et l'Espagne est la dernière puissance coloniale européenne en Afrique continentale avec les « villes-enclaves » de Ceuta et Melilla au Maroc. Notre voisin doit donc faire face à une pression migratoire importante.
Les drames qui surviennent en Méditerranée ou dans l'Atlantique ont néanmoins occulté les décisions prises en faveur des immigrés clandestins sur le territoire espagnol et la volonté affichée par une majorité de citoyens de faciliter l'intégration des étrangers extra-communautaires.
Sans oublier l'effet bénéfique provoqué par la présence de ces derniers sur l'économie nationale. Ainsi, selon l'OCDE (Organisation pour la coopération et le développement économique), l'excellent rythme de croissance du pays ces dernières années (3,2% du PIB annoncé pour 2006) serait dû essentiellement à l'apport des étrangers. Et récemment, c’est la Caixa Catalunya qui abondait dans le même sens dans une étude sur l’immigration en Espagne.
Avec 38,5% de l'accroissement total (1,69 millions) du nombre d'immigrés dans les 25 pays de l'Union européenne (UE) en 2005, l'Espagne est le premier d'entre eux en termes d'accueil de l'immigration nouvelle. Une position qu'elle occupe depuis 1997. Quels sont les facteurs, en dehors de la proximité des côtes des pays d'émigration, qui expliquent cette attraction ?
L’Espagne, terre d’accueil
On peut tout d'abord pointer la bonne santé de l'économie contrairement à la plupart des pays voisins comme la France ou l'Allemagne. En 2005, le taux de croissance espagnol atteignait 3,5%, soit près de trois fois la moyenne des économies de la zone euro, et ce avec un excédent budgétaire de plus d'1% alors que Paris par exemple lutte pour passer sous la barre des 3% de déficit. Les bons chiffres de l'agriculture, du bâtiment, du tourisme ou encore des services alimentent cette tendance et maintiennent le chômage à un niveau relativement peu élevé. Les travailleurs immigrés pallient en grande partie un besoin de main-d’oeuvre conséquent.
