» PAZ Y LIBERTAD
Par Daniel Matias
RAÍCES souffle sa première
bougie. L’occasion de vous remercier de votre confiance
et de vous offrir un numéro polychrome sur les réalités
du monde hispanique.
Un anniversaire qui se
produit au moment où L’Europe, elle aussi, est en fête.
Cela peut ressembler à une plaisanterie de mauvais
goût si l’on s’attache au fossé qui
s’est creusé entre les peuples et les élites
- le processus de ratification du traité constitutionnel
en est un exemple - et à la progression des inégalités
sur notre continent. Pourtant, s’il y a bien une
raison de se réjouir, c’est celle de constater
que la paix est devenue une réalité. 50 ans
après la création de la Communauté européenne,
quel plus beau symbole que d’assister à la
réconciliation des frères ennemis irlandais ?
D’où cette interrogation : Belfast peut-elle
ouvrir le chemin à Madrid ?
L’Espagne,
entrée en 1986 dans l’Europe, a effectué un
saut quantitatif et qualitatif de grande ampleur grâce à son
habile gestion de la manne européenne. Mais l’Espagne
reste un pays meurtri par des années de terrorisme.
Dans ces conditions comment résoudre le problème
basque : en poursuivant une guerre larvée entre
l’Etat et les militants les plus radicaux, ou en
faisant le choix du dialogue ? « Pour faire
la paix avec un ennemi, on doit travailler avec cet ennemi » disait
Mandela. Le gouvernement s’en est inspiré et
a pris le parti du dialogue. L’opposition, elle,
a rejeté l’union sacrée et a multiplié les
attaques, franchissant même une étape supplémentaire
le mois dernier avec son appel au boycott du groupe Prisa
(El País notamment), mettant ainsi en péril
la liberté d’expression. Une opposition qui,
lorsqu’elle était au pouvoir, avait menti
par deux fois au peuple espagnol : sur l’Irak et
sur les attentats du 11 mars.
La tension est donc à son
comble à un peu plus d’un mois des élections
municipales et régionales. Loin de l’agitation
politique, des españoles de hoy nous donnent
dans RAÍCES leur sentiment sur la société ibérique
telle qu’ils l’appréhendent en ce début
de 21e siècle. Et l’on s’attardera en
parallèle sur la jeunesse du pays, en tentant de
comprendre ses besoins festifs, mais aussi son mal-être,
dont le botellón est une des expressions.
Dans ce numéro de RAÍCES,
nous avons tenu également à ce
que vous découvriez une Amérique latine faite
de contrastes : d’un côté le spectacle
saisissant d’Iguazu raconté par Gustavo Clariá,
de l’autre les menaces qui pèsent sur le symbole
national et vital du Mexique qu’est le maïs.
Un continent qui nous offre enfin une nouvelle voix percutante :
celle de l’Uruguayen Carlos Liscano, figure incontournable
de la littérature hispanique - à l’heure
où Gabo fête ses 80 ans - et surtout
farouche défenseur de la liberté. Il s’est
confié à RAICES dans
un entretien où l’on
devine que la paix n’est possible qu’ « en
temps de liberté ». A méditer.