» L'Amérique latine penche à gauche
Par Daniel Matias
La gauche est à la tête des
principaux pays latino-américains si l'on excepte
la Colombie et le Mexique. La victoire d'Evo Morales
en Bolivie en décembre 2005 a confirmé son
essor, fruit des effets des politiques néolibérales,
du discrédit des partis politiques traditionnels,
et du rôle croissant des mouvements sociaux et
indigènes. Pour autant, la gauche latino est hétéroclite
et présente un vaste éventail idéologique
du régime cubain à la social-démocratie
chilienne.
En ces temps de crises énergétiques,
l'information est passée inaperçue : lors
du récent sommet Europe-Amérique latine à Vienne,
le président vénézuélien
Hugo Chavez a proposé de fournir du fioul à bas
prix pour les Européens disposant de faibles revenus.
Le quatrième exportateur mondial de pétrole
a déjà mis en oeuvre une telle mesure pour
les populations de certains Etats de l'est des Etats-Unis.
Mais à Vienne, comme à Washington, on accueille
ce type de coopération commerciale avec méfiance.
La question des hydrocarbures a été au
coeur des débats en Autriche, avec des Européens
s'inquiétant des conséquences de la reprise
de contrôle de ceux-ci par des leaders clairement
marqués à gauche, à l'image du
nouveau président bolivien Evo Morales. Coup sur
coup, le Venezuela et la Bolivie viennent donc d'annoncer
la réappropriation de leur principale source de
richesse : le pétrole pour l'un, le gaz pour l'autre.
Des décisions lourdes de sens qui correspondent à l'arrivée
au pouvoir de la gauche dans la plupart des pays latino-américains.
Bien sûr, leurs stratégies diffèrent
face aux réalités politico-économiques
de l'Amérique latine. À Buenos Aires, à Montevideo,
ou à Brasilia, une même volonté pourtant
: retrouver une partie de la souveraineté perdue
pendant les vingt ans de politique néo-libérale
appliquée « avec force » par des régimes
bien souvent corrompus.
Avec le retour de la gauche au premier plan, l'Amérique latine
essaie donc d'échapper à son sort : être le patio
trasero (l'arrière-cour) des Etats-Unis. Comment expliquer sa
résurgence ?
