» De la fusion sans confusion
Par Delphine Fabius
Carlos Núñez, Ojos de Brujo, Son de la Frontera, Tomatito, Mercedes Peón, Elbicho, ou encore Chano Dominguez. Du 15 au 24 juin, le Festival Rio Loco sur les bords de Garonne deviendra le théâtre de rencontres hétéroclites, pendant lesquelles la scène espagnole sera à l’honneur. Un reflet plutôt réussi des métissages qui font la richesse de la culture musicale du pays d’Albéniz et de Manuel de Falla.
Wisigoths, Romains, Arabes, Gitans, Juifs, Chrétiens, ou encore Latino-Américains. La liste de tous ces peuples et cultures qui participèrent, ou participent encore, à l’enrichissement de la sphère musicale espagnole, est une mine d’or. Mieux encore, une source d’inspiration inépuisable. Une sorte de leitmotiv qui rend la scène espagnole si novatrice, si appréciée en tout point du globe. Et si la musique espagnole est si populaire, c’est parce que son dynamisme se traduit aussi par une identité propre qui nous permet de la reconnaître en dehors de ses frontières.
Une identité propre
Vue de l’extérieur, la musique espagnole apparaît comme une série de sonorités plutôt exotiques. Un simple cliché ? Peut-être bien. Mais la réalité des productions musicales espagnoles est plus complexe. Chaque style de musique se nourrit en fait des spécificités locales dont recèlent les régions espagnoles. Le choix de Río Loco d’appeler sa 13e édition « Espagne(s) » en utilisant le pluriel prend donc ici toute sa signification.
L’un des exemples les plus caractéristiques de ce mécanisme est certainement ce qui se passe dans le cas de la pop indépendante espagnole. « La pop indie [indépendante] est universelle. Dans le monde entier, elle résonne de la même manière, mais la pop espagnole a sa propre signature », explique Agustin Fuentes, directeur de Contem-POPranea, un festival parmi les plus en vue de la scène indépendante espagnole, qui a lieu chaque année en juillet à Alburquerque, près de Badajoz. Outre le fait qu’elle utilise le castillan comme idiome (à la place de l’anglais, généralement utilisé par la pop en Occident), la pop indie espagnole établit aussi ses propres origines à partir de l’environnement dans lequel chaque groupe évolue. Certaines formations andalouses ajoutent par exemple quelques touches flamencas (au niveau de la voix, des rythmes, du choix des instruments) à la pop, lui conférant alors une originalité remarquable.
Mais attention aux raccourcis. De la même manière que le flamenco ne doit pas être réduit à la seule culture gitane, la musique espagnole ne doit pas se résumer non plus au flamenco. L’indie pop espagnole a aussi d’autres moyens de se démarquer. Plus au nord de la péninsule Ibérique, dans les années 90, des groupes de San Sebastián ont développé le « Donosti Sound », un sous-courant de la pop indie.
