» ACTION !
Par Daniel Matias
«Ser director de
cine en España es como ser torero en Japón»,
a déclaré un jour Pedro Almodóvar. À
l’heure où une nouvelle édition de Cinespaña
nous invite à découvrir les nouveaux talents
– et ceux qui ont déjà conquis l’estime
du public – du septième art espagnol, RAíCES
se rallie au constat de son représentant le plus populaire
: faire des films de l’autre côté des Pyrénées
n’a rien d’une sinécure. Le poids des longs-métrages
étasuniens et le sous-financement chronique de la production
nationale constituent des obstacles majeurs, qui ne seront
pas levés par la nouvelle loi sur le cinéma
en cours de discussion au Parlement. Afin de dépasser
le stade du simple constat, RAíCES
a décidé de s’acquitter de son rôle
de passeur de culture, et espérons-le de caisse de
résonance, en soutenant la création documentaire
espagnole. Pour la première fois, Cinespaña
récompensera ce genre cinématographique à
travers l’attribution d’un prix RAíCES
décerné par un jury composé notamment
du responsable du ciné-club de notre confrère
Courrier international. De la sorte, nous relayons un art
qui décrypte, souvent avec une grande acuité,
les traits d’une époque. Comme d’autres
reflètent l’âme d’un peuple, à
l’image du tango dont une journaliste argentine nous
explique qu’il retrouve une seconde jeunesse dans le
pays qui l’a vu naître (p40). À propos
d’âme, en traversant le Río de la Plata
vous pourrez écouter la conscience de l’Uruguay,
Mario Benedetti. Un entretien exceptionnel réalisé
par notre correspondant en Amérique latine, Gustavo
Clariá. La rencontre avec le Colombien Santiago Gamboa,
talentueux représentant de la nouvelle génération
d’écrivains latino-américains, est elle
aussi un événement. Il se pourrait qu’il
succède à l’immense Cortázar au
tableau d’honneur d’un prix attribué en
novembre. Vous l’aurez compris, ce numéro fait
la part belle aux lettres. Soyez rassurés, vous n’y
trouverez pas celles de Guy Môquet. En revanche, nos
pages accueillent les paroles d’une chanson de Serrat,
voix libre et engagée du monde hispanique. En catalan,
s’il vous plaît ! Et ce afin d’illustrer
la richesse d’une langue qui a toute sa place –
à condition de tolérer les autres – dans
l’Espagne plurielle d’aujourd’hui. Une Espagne
à l’Histoire foisonnante, à la beauté
rutilante et à la réalité parfois dérangeante.
À l’instar de Valence, conquise par le Cid, célébrée
dans nos pages Viajes et où l’avortement est
synonyme – comme partout ailleurs dans le pays –
de parcours du combattant. Le scénario des années
à venir reste encore à écrire. À
Valence et ailleurs.